02/12/2006

Plus jamais seul !

Critique de l'ouvrage Pus jamais seul. Le phénomène du téléphone portable d'Angélique del Rey et de Miguel Benasayag. Article repris du blog de la librairie de ma compagne (sous licence Creative Commons), rédigé par votre serviteur himself :

Cet essai surprenant d'une centaine de page se propose d'étudier les retombées psychologiques et anthropologiques de la généralisation du téléphone portable dans notre société. Ce n'est pas un ouvrage sur les conséquences sanitaires (probables) engendrées par cette technologie.

Voilà une dizaine d'année que le phénomène est apparu et comme dans toute grande victoire technique, on ne tarit pas d'éloges et de descriptions minutieuses et interminables pour dire tout ce que l'on a gagné avec cet outil. En oubliant de s'inquiéter de ce que l'on a perdu.
C'est précisément le but de ce petit livre d'analyser nos changements cognitifs et comportementaux... Et ils sont nombreux :


Plus jamais seul

  • Un sentiment de maîtrise de l'espace.
    Le GSM permet de communiquer tout en se déplaçant, il permet aussi de joindre et de rester joignable où que vous soyez.
    Nous sommes partout et nulle part : la sempiternelle question "T'es où ?" manifeste la nécessité de se représenter géographiquement son interlocuteur, de le matérialiser puisque devenu virtuel.

  • L'illusion de la maîtrise du temps.
    Le portable nous permet en effet d'annuler tout rendez-vous, à tout moment. Il permet également de ne pas rater "l'occasion", de relater en direct un événement, de le photographier, le filmer... Il nous place en dehors, au-dessus de l'événement.

Au delà de cette illusion spatio-temporelle, nos relations avec autrui s'en trouvent affectées.

  • Le téléphone portable est un doudou !
    En effet, comme tout objet transitionnel il est investi de pouvoirs magiques. Ceci en vertu de ses capacités de virtualisation du réél ; l'affranchisssement du temps et de l'espace.
    Le portable nous polarise sur notre conversation faisant s'estomper ainsi notre environnement réel (c'est bien pour cela qu'il est interdit de téléphoner au volant). Un doudou pour régresser, car contrairement aux autres objets transitionnels il ne permet pas d'expérimenter des rapports concrêts avec la réalité comme le ferait un enfant avec sa peluche.

  • On m'appelle, donc j'existe.
    Aujourd'hui, être sollicité par les autres est quelque chose de hautement positif dans notre société. Une valorisation parce que nous existons dans la tête d'autres personnes. Une valorisation concrétisée par l'appel téléphonique. Plus on m'appelle (et plus on voit que je suis appelé), plus je dois être quelqu'un d'important.

  • Un instrument disciplinaire.
    Sans céder à la paranoïa "Big brother is watching you" le portable pourrait aussi être comparé au bracelet électronique pénal. Vous êtes joignable en toute circonstance et le fait de ne pas répondre à un appel est déjà une forme de réponse : je ne veux pas être dérangé.
    Dans l'entreprise, dans le rapport entre amis et même le dans la vie de couple le portable peut permettre un contrôle et aussi devenir une source de reproches permanents.

J'arrête ici la liste des bouleversements sociologiques étudiés et n'aborderait donc pas la réflexion développée sur les mini-messages (SMS en anglais).

La vidéo et le phénomène (l'épiphénomène ?) du "Happy-Slapping" (vidéobaffe en français) ne sont pas étudiés. L'essai est pourtant récent (juin 2006). C'est dommage mais cela n'ôte rien à l'intérêt des réflexions sur cet objet possédé par 80% de la population française (109% en Italie !).

Pour ma part je n'ai plus de téléphone portable. Ce livre ne fait que renforcer ma position.
Aujourd'hui trop de doutes subsistent sur les effets sur la santé à long terme.
Présentation de Plus jamais seul sur le site de l'éditeur. 

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